Thunderbird : Mozilla jette l’éponge de son client de messagerie

Mozilla Fondation La fondation Mozilla a annoncé cesser sa participation au développement de Thunderbird, son client de messagerie. Officiellement, les 20 millions d’utilisateurs (dont je suis) sont satisfaits des fonctions actuelles de l’outil qui n’a besoin que d’être maintenu. Les éventuelles améliorations fonctionnelles seront réalisées par la communauté des utilisateurs, la fondation ne fournissant plus que les mises à jour de sécurité.

Sur l’aspect bureautique, la bataille était perdue d’avance. Thunderbird est un produit de bonne qualité mais sans point particulièrement saillant comparé à ses concurrents et ne distinguant pas du leader (Outlook). Il est probable qu’un des problèmes avec Thunderbird est qu'il ne semble pas s'adapter aux besoins de la plupart des utilisateurs de courriel. Il n’est pas adapté aux utilisateurs en entreprises qui ont besoin de fonctionnalités comme la gestion de calendriers et d’intégration avec les outils collaboratifs. Il ne fonctionne pas bien pour les utilisateurs occasionnels de courrier qui ont majoritairement adopté les Webmails au travers de leurs navigateurs.

 

emails mobiles

Plébiscitée à son lancement, la plateforme n’a jamais décollée par rapport à son principal concurrent, Outlook et aux solutions mobiles et Web mail. Les rares études de marché disponibles sont au moins cohérentes sur la part de marché de Thunderbird (2.4%  en 2010 ou 1,21% en 2011), à comparer avec les 30% à 40% de parts de marché d’Outlook toutes versions confondues. Enfin, aujourd’hui, l’accès à la messagerie se fait d’abord à partir d’un terminal mobile (smartphone ou tablette) ou d’un accès en Web mail (source litmus.com).

Sur le plan des logiciels libres, cela démontre la fragilité et les limites du système. Bien sûr, tous les éditeurs commerciaux ont arrêtés des investissements non rentabilisés (OS2 pour IBM,  Google Wave ou Windows Essential Business Server de Microsoft). Cela permet d’ailleurs aux concurrents et journalistes de se moquer de l’éditeur (Voir le cimetière de Google et la morgue de Microsoft).

Comme les logiciels sous licence payante, de nombreux logiciels librement utilisables ont acquis une large part de marché, en remplaçant les développeurs salariés par une large communauté mais surtout grâce aux investissements d’une ou plusieurs grandes entreprises ou d’une fondation. On peut citer Java avec Oracle/SUN, Eclipse avec IBM, JBoss avec Redhat, ou du côté des fondations Apache avec sa fondation éponyme ou Firefox et Mozilla.

On est ici dans les limites du logiciel libre qui, certes, est utilisable gratuitement mais nécessite pour l’entreprise la mise en œuvre de services d’assistance et de support qui, eux,  sont facturables.  Les revenus issus de ces services facturables permettent également d’assurer la pérennité de la solution.

Thunderbird avait les inconvénients de ses avantages. Logiciel libre, il ne tirait pas de revenus de ses millions d’utilisateurs et la fondation à but non lucratif Mozilla n’a pas développé d’offre de service autour de la solution. Elle a préféré se recentrer sur Firefox, son navigateur Web aujourd’hui leader par rapport aux offres commerciales et sur son futur OS pour mobile.