Quand Amazon vous embobine dans la soie

Si l’annonce de la Kindle Fire d’Amazon va rebattre les cartes du marché des tablettes, son nouveau navigateur internet Silk n’a pas fait les grands titres de la presse. Et pourtant, ses implications vont bien au-delà de la simple ergonomie et de la performance, elle touche à la vie privée.

Sur le site américain d’Amazon, vous pouvez voir en page de garde une lettre de Jeff Bezos qui commence par

            Cher Client

Il existe deux types de sociétés : celles qui travaillent dur pour plus facturer les clients et celles qui travaillent dur pour moins facturer les clients. Les deux approches sont viables. Nous sommes fermement dans le second camp.

Vient ensuite une présentation de la famille des Kindle.

Cette lettre signée par Jeff Bezos se termine par le post-scriptum suivant

Kindle Fire  a un navigateur web radicalement nouveau appelé Amazon Silk. Lorsque vous utilisez la « soie » – sans y penser ou faire quelque chose d'explicite – vous utilisez sur la puissance informatique brute d'Amazon EC2 pour accélérer votre navigation sur le web.

Ce lien sur une vidéo présente le nouveau navigateur

Du point de vue technique, Silk, et son architecture de browser distribuée (Split browser architecture), permet d’utiliser les ressources du cloud d’Amazon (instances EC2, 622GB de RAM, processeurs 8 core, réseau optique) pour améliorer la performance et donc l’expérience de navigation sur la tablette aux capacités limitées. Le traitement de la requête sur le cloud EC2 permet effectivement d’optimiser ce qui est renvoyé sur la tablette et améliore grandement les performances (de 1300ms à moins de 5ms pour une page complexe)

On peut faire quelques commentaires

1.    Amazon présente EC2 comme la passerelle Internet optimisée pour les tablettes. Aujourd’hui, c’est vrai pour les tablettes Amazon Kindle. Pas de réponse pour les autres tablettes (Verra-t’on Silk disponible sur l’Appstore ?). Il est également probable que cette architecture soit utilisable pour n’importe quel device se connectant à Internet (A quand Silk disponible sur Windows ?)  

2.    Cette notion de passerelle Internet porte en elle des germes de propriétisation et de fermeture de l’Internet. Comment ne pas privilégier en termes de performances les sites Web s’exécutant sur EC2 ?  Les mécanismes de cache sur EC2 seront-ils gérés de façon complétement transparente ? Avons-nous la garantie que la connexion sur le site de la Fnac n’est pas « ralentie » par rapport à celle sur Amazon.fr ?

3.    Enfin, et c’est là le plus grand danger, Amazon va pouvoir contrôler la navigation de tous ses utilisateurs. Sous le prétexte d’améliorer la navigation en allant pré charger des pages, Amazon se donne les clés pour analyser le comportement de ses utilisateurs (User Behaviour Patterns). Mais en associant le logiciel (Silk) et le matériel (votre Kindle Fire), Amazon va être capable de contrôler VOTRE navigation.  Big Brother n’est plus  très loin !

Il faut noter, enfin, qu’Amazon n’est pas le premier à se lancer dans cette architecture distribuée (devrait-on dire centralisée ?). Opéra dans sa version mobile permet déjà ce type d’optimisation. Il ne devrait pas être le dernier : Google, Apple ou Microsoft pourraient bien le suivre dans cette voie.