Microsoft et Skype en 5 points

L'accord Microsoft et Skype en 5 points

  • 1 ) L’effet réseau sur la net économie

En 2006, Google achetait Youtube et ses millions d’utilisateurs pour 1.65 milliards de dollars sans se soucier de la rentabilité économique de l’entreprise. Aujourd’hui, Microsoft achète Skype et ses 663 millions d’utilisateurs pour 8,5 milliards de dollars. C’est le plus gros investissement de Microsoft pour une entreprise qui fait des pertes et reste lourdement endettée. En 2010 l’entreprise a enregistré 264 millions de bénéfices d’exploitation mais également une perte de 7 millions et a une dette à long terme de 686 millions de dollars.

A coté de « Chiffre d’Affaire » et « Bénéfices », à quand le nouvel indicateur du bilan  « NUS (nombre d’utilisateurs du service) » ?

  • 2) Microsoft saura-t-il rentabiliser cet investissement ?

Le Wall Street Journal rappelait que Skype a un historique économique troublé. Depuis ses débuts en 2003 Skype a réalisé peu de bénéfices. Elle est fortement endettée. Sur ses 663 millions d'inscrits, seul 8 millions payent le service. Et rendre le service payant n'est pas une solution, ses utilisateurs se reporterait sur une autre palteforme de téléphonie sur IP gratuite.

On peut également se souvenir qu’en 2005, eBay avait racheté Skype pour 2,6 milliards de dollars et en avait revendu 70% en novembre 2009 à un groupe d'investisseurs pour 1,9 milliard.

Si on en croit les données fournies par Skype lors de sa tentative d'entrée en bourse en 2010, Microsoft a payé $1000 chaque utilisateur payant de Skype qui ne génére que $100 de chiffre d'affaire. Il va falloir etre imaginatif pour rentabiliser cet investissement.

Mais dans le marché Grand Public, la publicité (qui rapporte déjà 3 milliards de dollars par an à Microsoft) ciblée sur ces 663 millions d’utilisateurs reste une arme qui vaut bien 8,5 milliards de dollars, non ?.  

  • 3) Microsoft et le marché de la mobilité

L’intégration de Skype dans le portfolio des offres de Microsoft va être complexe. Dans ce marché du mobile, Microsoft reste un challenger malgré l’accord avec Nokia qui lui a permis de stabiliser sa part de marché de Windows Mobile 7. Pourtant, il lui faut garder le support des opérateurs mobiles qui regardent d’un mauvais œil un concurrent qui offre à ses clients un moyen de passer des appels dans le monde entier quasiment gratuitement.

  • 4) Skype et le marché de la téléphonie sur IP

Aujourd’hui, Skype reste le leader des solutions Grand Public de téléphonie sur IP (VoIP) en particulier grâce à son support d’une multitude de plateformes (Windows, Mac, Linux  et les différents OS mobiles) .  Le rachat permettra d’ajouter les environnements Microsoft comme la Xbox, le Kinect et les Windows phones et d’étendre la portée de Skype vers les utilisateurs des produits Microsoft (Outlook,  Lync, Unified Communications Xbox LIVE , voire Messenger et Hotmail.  Et Steve Balmer s'est engagé à «continuer d'investir et soutenir les clients de Skype utilisant des plateformes étrangères à Microsoft».

Sur le marché des entreprises, bien que Skype avait fait quelque tentatives, le chemin était encore long et douloureux. Avec Microsoft, l'offre pour Entreprises prend une toute autre dimension qui risque de séduire. 

  • 5) Skype dans l’offre Microsoft

Si l’intégration de Skype avec Lync se passe bien, l’offre de collaboration et de communication unifiée de Microsoft sortira renforcée en mariant l’email, la messagerie instantanée et la voix dans une seule application quel que soit le terminal utilisé. C'est le rêve avoué de Steve Balmer :“We dream about experiences that are not limited by distance or device.”

Pour finir, ce rachat risque de changer les lignes de fronts entre les acteurs : Google, certes battu dans ces discussions mais qui laisse entendre que c’est tant mieux, et qui  dispose d’un produit concurrent Google Voice (disponible en France fin 2011), Cisco qui avait tenté de racheter Skype en 2010 pour 5 milliards de dollars, IBM qui intègre Skype avec sa plateforme collaborative LotusLive  et Apple avec FaceTime. 

Le site Focus a réalisé un graphique intéressant qui donne  une vue d’ensemble sur le potentiel de Skype.